Fashion, Nature, Take-off
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CLÉMENT MAULAVÉ ET MATHIEU COUACAULT – HOPAAL

Ils sont deux, Clément Maulavé et Mathieu Couacault, ils font du surf et ils ont monté Hopaal, une entreprise de vêtements qui essaye d’avoir le moins d’impact possible. Forts d’un premier succès avec leur « pull du futur » fabriqué à 100% en matière recyclées, ils viennent de quitter la pépinière d’Olatu à Anglet, pour ouvrir leur première boutique à Biarritz, à quelques dizaines de mètres de la grande plage.

Des surfeurs vraiment engagés

Faire avec ce qui existe déjà, ne pas puiser dans des ressources dont on ne cesse de nous rappeler qu’elles ne sont pas inépuisables, ne pas vivre à crédit, ni endetter les générations futures, ne pas mettre en péril notre environnement, faire propre, localement, autrement, autant de devises positives qui imposent de changer radicalement de modèle et la manière de faire fonctionner une entreprise. C’est tout ça et bien d’autres choses encore qui motivent les deux fondateurs d’Hopaal.

S’ils revendiquent leur attachement à l’océan, c’est parce qu’ils aiment y passer du temps, et parce qu’ils ont compris qu’il est plus que temps d’agir. Leur solution, c’est de recycler de la matière existante pour fabriquer leurs collections de vêtements. Que ce soit le plastique récupéré en mer, les chutes de production ou les vêtements qui traînent au fond de nos armoires, tout est bon pour limiter l’impact sur la ressource naturelle. Chez Hopaal la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise est le dénominateur commun de l’action. Rien n’est laissé au hasard, ni dans le procès de production ni dans la communication, étape primordiale pour que les gens se rendent compte de la qualité de l’engagement et du travail mis en œuvre. Rencontre avec Clément Maulavé.

« Les gens sont plus sensibles au message maintenant que lorsque l’on a commencé. » 

La vocation d’Hopaal c’est de recycler un maximum, au début, on voulait créer une association, mais on pense qu’on arrivera à avoir plus d’impact en tant qu’entreprise. L’important, c’est de créer une équipe, ensuite de réussir à faire ce qu’on dit et dire ce que l’on fait, rien que ça, c’est déjà un énorme travail ! Notre but, c’est de proposer une gamme de vêtements du quotidien, avec un impact environnemental super faible. On a commencé avec des produits simples, des t-shirts et des pulls,  des choses plutôt lifestyle, on vient de sortir des maillots de bain, mais on va y aller petit à petit. On essaye d’avoir une gamme de prix cohérente, avec une montée progressive en technicité, je pense que très peu de nos clients surfent, mais nous travaillons beaucoup pour développer notre communauté, pour fournir les bons produits aux gens qui adhèrent à nos valeurs. Plus tard quand la base de notre communauté sera assez large, on pourra commencer à proposer des produits plus techniques et pourquoi pas des combinaisons de surf.

La start-up d’étudiants ultra transparente

On a créé Hopaal en avril 2016, on était étudiants, on faisait ça le soir et quand on avait le temps, on s’y est vraiment mis à 100% pendant notre stage de fin d’études. Comme on n’avait pas d’argent, on a commencé avec une campagne de pré commandes qui nous a permis d’encaisser 20.000 euros, ce qui nous a permis de constituer un stock. Dès le départ la stratégie ça a été de ne pas avoir à prendre de décision sous contrainte économique, si une action est bonne pour la planète on y va, du coup pour conserver notre indépendance, on n’a pas cherché d’investisseur, peut être que ça changera. Faire un beau produit c’est cool, mais un de nos gros enjeux c’est aussi de faire une belle boite, pour nous ça signifie d’avoir des gens autonomes, responsables, avec pas mal de liberté pour laisser chacun s’organiser comme il l’entend, tant que le travail est bien fait.

Dans les plus gros challenges que l’on a rencontrés au niveau du développement, on peut faire deux grandes parties, la première concerne plus les produits, et comment construire des chaines d’approvisionnement stables que l’on maitrise, la seconde partie c’est de faire passer le message et de trouver une communauté alignée sur nos valeurs, après ça créé une boucle, le but étant de concevoir des produits qui répondent aux besoins de ses clients via des chaines d’approvisionnement maitrisées.

« On a changé 3 fois nos chaînes d’approvisionnement en trois ans. »

 

On a commencé à produire en Inde, et huit mois après on s’est dit qu’il fallait que l’on fasse tout en France, c’est le transport qui ne nous paraissait pas cohérent. De là, on a vu qu’il y a des choses qui marchent en France et d’autres moins bien, donc on est allé voir au Portugal. Du coup on a changé 3 fois nos chaînes d’approvisionnement en trois ans. C’est du temps et de l’argent, puisqu’à chaque fois il faut faire des tests, et il y a pleins d’ateliers avec lesquels on a dû réajuster nos commandes, certains avaient du mal à tenir les quantités, d’autres la qualité, tant qu’on n’a pas testé on ne peut pas savoir. Maintenant, on commence à voir des choses se profiler sur le long terme. On est ultra transparent, quand on nous demande nos prix, on les donne, on explique comment sont construits nos prix pour que les gens puissent se rendre compte de ce que l’on fait.

Aujourd’hui, nos t-shirts ne sont plus fabriqués en Inde, mais en France, ils nous reviennent entre 17 et 20 euros hors taxe. Notre but étant de rendre accessible cette mode là, on a des marges minimales, on ne fait que de la vente en direct, mais on ne fait pas d’économie sur la matière, ni sur le social. Un tee-shirt à 45 euros, on sait que ça pique, on est tous payés au smic, on se demande si nous on achèterait nos produits. Dans mon cas, ce ne serait pas un achat immédiat mais plutôt raisonné. Le prix est élevé, mais si on regarde bien, en réalité on ne porte que 30% de notre garde-robe, donc si on se concentre que sur ce dont on a vraiment besoin, on peut commencer à soutenir des démarches un peu intéressantes.

Notre deuxième gros challenge c’est la partie communication, de la même manière que l’on s’assure de faire tout ce que l’on dit, on veut aussi dire tout ce que l’on fait, et quand on arrive à dire à peut près tout ce qu’on fait, il y a des leviers de communication externe qui peuvent être appropriés à toutes nos actions et les repartager. C’est comme ça qu’on arrive sur .Brut parce que le sujet des fringues recyclées va les intéresser, pour d’autres médias, ce sera par rapport à une matière en particulier.

Un conseil des sages aux finalités positives

J’ai grandi à Valence, ma mère travaillait à Romans, et très vite j’ai rencontré Thomas Huriez, le fondateur de 1083, une entreprise novatrice qui fabrique des jeans en coton bio. Dès le début, on s’est dit qu’il fallait qu’on rencontre plein de gens de l’industrie pour partager nos expériences. On a créé un petit groupe que l’on a baptisé le conseil des sages, il comprenait, Le slip Français, Thomas de 1083, Viannet de Backmarket et d’autres personnes de différents secteurs. On n’avait pas d’expérience à part quelques stages, et au début on avait décidé de se voir à intervalle régulier tous les trois mois, pour avoir des petits feedback, il y a plein de truc sur lesquels on a été aiguillé, on était ultra transparent. La contrepartie, c’était que les autres voient aussi le développement d’une petite boite comme la nôtre, ça pouvait leur donner des idées. Chacun emprunte des voix différentes, 1083, c’est le coton bio made in France, aujourd’hui, ils bossent sur des projets de coton recyclé, ils ont racheté une filature qui était en liquidation, le slip français commence à se poser des questions sur le recyclé.  Plus on sera nombreux, plus  ça démocratisera les choses.

Faire de la qualité avec des fibres recyclées

Pour fabriquer nos produits, on utilise des chutes de découpe qui tombent par terre, on fait du recyclage et pas de l’upcycling. Les chutes sont récupérées, broyées et remises à l’état de fibre. On travaille entre autres avec Le Relais. C’est vrai que la matière première est gratuite, mais il y a un service qui va avec, la collecte, le tri, le nettoyage, ça a un coût. Les fibres recyclées comme le coton ne se comportent pas aussi biens que les fibres vierges pour plusieurs raisons, ce qui oblige à être plus vigilant sur la qualité, mais on y arrive très bien. Sur certains produits, on doit mélanger des fibres naturelles avec des fibres synthétiques qui sont elles aussi recyclées pour améliorer la durabilité. Pour le polyamide recyclé on travaille avec Aquafil en Italie, pour le polyester recyclé de nos shorts de bain c’est la marque Seaqual qui nous fournit le fil qui est tissé au Portugal. Seaqual nous permet d’avoir un impact local puisqu’ils retirent aussi le plastique de la Méditerranée, et de l’océan localement ici au Pays Basque. Dans certains cas on fait de l’upcycling ici en interne, par exemple dans une veste que l’on a lancé, on a des très bon tissus, parfois il y a des grosses chutes, il peut rester un rouleau de 5 mètres, dans ce cas on demande qu’il nous l’envoient avec la production et on réutilise ce tissus pour montrer au gens ce que l’on fait lors d’événement comme par exemple pour faire des trousses etc.

Aller vers le mono matière

Le truc qu’on faisait au début sur les t-shirts, c’était un mix coton recyclé polyester recyclé. On a arrêté ça pour faire des mix coton recyclé et coton bio, parce que pour l’usage du t-shirt, on n’a pas besoin d’avoir des mix de matières, en plus il y a un risque de fuite de micro fibres au lavage et le recyclage est plus compliqué en fin de vie. Du coup dans un premier temps, on était content de faire du recyclé à 100%, mais il ne faut pas que ça vienne nuire à la durabilité. Donc, dans tout le développement, le premier truc à déterminer c’est l’usage pour choisir les fibres qui répondent le mieux, à savoir, du polyester, du polyamide, de la laine, du coton ou autre. Aujourd’hui, on est entre 90 et 95% de matière recyclé globalement, mais on ne vise pas que le recyclé, on va tendre vers plus de mono matière. Le problème, c’est de faire des fils 100% recyclé avec une bonne durabilité, parfois, on préfère mettre une fibre de coton bio pour avoir une mono matière, pour un t-shirt de sport par exemple, on ferait du 100% polyester, et un mix recyclé/bio si c’est pour porter tous les jours.

La veste infinie en collab avec 1083

La veste infinie que l’on va développer en collaboration avec 1083 sera à 100% en polyester recyclé, les boutons, les fils de couture, les étiquettes, tout sera en polyester recyclé. Cette veste sera consignée et grâce à un accord avec la société Antex qui fait le fil en Espagne, le client pourra nous renvoyer gratuitement la veste contre un bon d’achat. On prévoit de stocker les vestes chez 1083 et quand il y en aura une tonne, on renverra tout pour le faire recycler. Le but de la mono matière c’est aussi de faciliter le travail pour tout le monde au niveau du recyclage. Dans la réalité, je me demande si beaucoup de vestes vont nous revenir, mais en même temps tant mieux. Parce que le critère numéro un, c’est la durabilité, mais quand la fin de vie est prise en charge, c’est encore mieux.

On voulait en savoir plus…

Que répondez-vous aux gens qui ont des réticences vis-à-vis des vêtements à base de matières recyclées ?

Il faut savoir que nous repassons par la case fibre, avec tout ce que ça signifie au niveau lavage, normes, etc, ça revient à utiliser une fibre vierge en fait. On entend aussi que le recyclé n’est pas de bonne qualité, fondamentalement oui, mais on peut aussi trouver des solutions pour faire des produits de très bonne qualité. La fibre de polyester recyclée ne comporte pas plus de composés chimiques qu’une fibre vierge,  il y a une petite perte dans le processus de recyclage, mais il s’agira toujours d’un assemblage de filaments. Par rapport à la pollution, le risque de fuite de microfibres est plus lié à l’abrasion qu’au fait que le vêtement soit en polyester recyclé. En gros, on se bat contre les idées reçues comme le fait de penser que le recyclé c’est moins cher, en fait non, car ça demande du travail et ça à un coût, ce n’est pas forcément moins beau non plus, les goûts dépendent de chacun, je dirais que c’est plus un travail de style.

Comment vérifiez-vous la transparence de vos fournisseurs

En général, on va voir sur place, on regarde à toutes les étapes, collecte, recyclage, filature, conception, ça nous permet de voir le fonctionnement réel, ensuite on vérifie les normes et les labels. Aller sur place, c’est un bon premier filtre, si on le sent bien on lance les prototypes. On demande aussi les attestations, type OEKO-TEX etc, mais ensuite, on fonctionne à la confiance. Au niveau RSE, on bosse avec la France et l’Espagne, donc en général, il y a beaucoup moins de risques qu’il y ait des dérapages. A la base on avait rédigé une charte d’achat responsable, à destination de nos fabricants, mais c’est dur à faire signer pour 1000 pièces, on essaye plutôt d’y aller doucement, si ça marche bien on essayera de se mettre d’accord sur un peu plus de choses.

Vous arrivez à travailler avec des filatures en France ?

Oui, il n’en reste plus beaucoup, on a travaillé avec la filature du parc à Brassac, c’est l’une des plus grosses, pour le tissage on fait tisser nos vestes et nos prochaines chemises, dans un atelier qui tournait au ralenti, le patron a quinze métiers à tisser et il n’en fait tourner que deux, il était trop content qu’on lui passe des commandes. Au Portugal, l’industrie a été plus préservée qu’en France, mais la demande augmente, et ça devient compliqué sur des petits volumes comme les nôtres.

Votre modèle économique repose sur des marges relativement faibles, comment arrivez-vous à être rentables sur des si petites collections ?

Nous, si on y arrive, c’est grâce au web qui nous permet de fonctionner avec un système de pré-commande, au départ on était étudiants, on n’avait pas de fonds pour investir, on a  fait un emprunt de 2.000 euros chacun pour nous lancer. Les banques ne financent pas le stock, c’est top risqué, donc on s’est dit que petit à petit, on arriverait à se constituer un stock, et sur tous les lancements de produits qui demandent un investissement important on les fait en pré-commande. Notre première campagne nous a permis d’encaisser 20.000 euros, donc on s’est dit, c’est royal.

Vous avez fait le choix de ne pas avoir d’investisseurs ?

Au départ, on voulait avoir une indépendance économique et financière, pour ne pas  prendre de décisions sous contrainte économique, l’an dernier, on n’a pas été rentable mais de très peu, et on reste ultra-prudent. C’est vrai que si demain on veut ouvrir 15 boutiques, ou faire plus de stock pour alimenter plus de magasins, il y aura besoin d’investissements plus conséquents, et peut-être que l’on changera la stratégie. Pour le moment, on préfère croitre à notre rythme, si on nous donnait un million demain, on ne le dépenserait peut-être pas bien, et on a beaucoup d’enjeux d’organisation et de production à résoudre avant de passer notre temps à chercher de l’argent.

L’organisation du temps de travail est un enjeu important pour les gens qui aiment le surf, comment ça se traduit chez vous ?

C’est un truc qui nous tient beaucoup à cœur, on est content de faire des beaux produits, c’est cool, mais on veut le faire dans une belle boite. Pour nous ça signifie travailler avec des gens autonomes, responsables, c’est venu assez rapidement, on bosse beaucoup à distance depuis le début, du coup, on s’est demandé comment mettre en place ce style de liberté dans l’entreprise. A la fin de l’année dernière, avec toute l’équipe Hopaal, on a commencé à rechercher comment faire en sorte que chacun organise son travail, ses journées, ses semaines, comme il le veut, pour être totalement libre. Si demain il y a des vagues, on peut y aller, tant que le travail est bien fait, tant que liberté rime avec responsabilité, il n’y pas de problème. On s’est rendu compte qu’au final, ça enlève des poids et des frustrations et que ça facilite l’organisation. Il faut pas mal anticiper et beaucoup de bon sens.

C’est important de fabriquer des gourdes, des mugs ect. pour une marque comme la votre ?

C’est plus pour aborder des sujets comme la pollution plastique, pour proposer une alternative, on ne gagne pas d’argent avec ça, on les fabrique en toute petite quantité, par douzaines ; on en vend très très peu, c’est un peu comme les sacs de lavages que l’on vient de mettre en vente, c’est un bon prétexte et ça matérialise le problème de microfibres.

Hopaal : Website / Facebook / Instagram

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Interview : Stéphane Robin

Photos : Stéphane Robin et Maximillian Theo

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