Creative, Take-off
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ERWANN LAMEIGNERE ET MOMAL ZEROUALI – HOTDOGGER

Si Momal et Erwann se connaissent depuis leur adolescence passée dans les vagues de la Côte Basque, ce n’est que bien des années plus tard, après une carrière de rédacteur en chef du magazine de glisse Beach Brother pour le premier et la création de la revue culturelle Redux pour l’autre, qu’ils décident de lancer Hotdogger, un magazine d’art de vivre autour du surf.

Vous vous êtes rencontrés comment ?

E : On se connaît depuis 25 ans, on a grandi à Biarritz. Quand Momo était au lycée, j’étais au collège… On trainait pas mal à l’atelier de shape Surftoy.

Ca fait un an que vous avez lancé Hotdogger, quel a été le déclic ?

M : C’est allé très vite, on a commencé à bosser dessus à l’été 2014.

E : Momo était disponible. Il voulait lancer une revue de surf parce qu’après des années à travailler dans la presse « cross over », il considérait que les sports s’étaient rapprochés de leurs racines et de leur indépendance et que le surf n’avait plus spécialement à être mélangé au skate ou au snowboard.

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« On voyait bien qu’il y avait un changement, que les choses étaient en train d’évoluer et qu’il y avait une attente à l’égard des magazines, d’y voir quelque chose de nouveau. »

Vous sentiez que le surf était à un tournant ?

M : On voyait bien qu’il y avait un changement, que les choses étaient en train d’évoluer et qu’il y avait une attente à l’égard des magazines, d’y voir quelque chose de nouveau.

Alors, que proposez-vous de nouveau avec Hotdogger ?

M : Le surf a été montré pendant très longtemps d’une seule façon, avec une approche technique, performance, on voulait avoir un regard plus large et lancer un magazine d’art de vivre autour du surf.

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« Un surfeur n’est pas surfeur que dans sa pratique mais aussi dans sa façon de voir le monde. »

L’art de vivre, c’est quoi exactement ?

M : Quand on parle d’art de vivre on parle de gens qui savent diffuser et véhiculer une identité surf qu’ils soient surfeurs, designers, photographes, peu importe. Un surfeur n’est pas surfeur que dans sa pratique mais aussi dans sa façon de voir le monde.

E : On voulait partager cet environnement très surf dans lequel on a évolué, sans être les meilleurs surfeurs du monde non plus. Quand les magazines étaient très sportifs, il fallait être le meilleur surfeur pour parler de surf. Comme s’il fallait être le meilleur toréro pour parler de corrida ! Aujourd’hui, avec l’angle culturel on peut être des surfeurs normaux, pas forcément surhumains, et en parler légitimement parce que c’est la passion qui est le véhicule de tout ça. Si l’envie nous en prenait, Hotdogger pourrait devenir un magazine d’architecture, de mode, de gastronomie dont le surf serait le fil rouge.

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Pourquoi Hotdogger ?

M : Dans l’argot américain, un hotdogger est une personne qui sort de l’ordinaire, un original. Dans le surf, dans les années 60, on surfait sur des longboards et on suivait les vagues en marchant sur la planche, on faisait très peu de virages ; et puis, les australiens sont arrivés avec des planches plus courtes, ils faisaient vraiment des virages avec un surf plus nerveux et beaucoup plus chien fou, donc « hot dog ». On les appelait les hotdoggers parce qu’ils sortaient du lot par rapport à tous les autres surfeurs. Donc on s’est dit qu’on allait l’appeler comme ça.

Comment choisissez-vous vos sujets ?

E : On cherche, on découvre, on rencontre, on lit des bouquins, on flâne, on organise des voyages… ce qui est sûr, c’est qu’on ne se limite pas aux newsletters qu’on reçoit !

M : Les héros dans ce magazine sont des gens de générations, de niveaux et de styles différents. On peut autant mettre un Kelly Slater qu’un mec comme Derek Hynd qui a bientôt 60 ans.

E : Ce qui est sûr, c’est que le surf n’est pas qu’une histoire de score, c’est aussi une histoire de style. Mon voisin de 77 ans, Bernard Doridant, il va à l’eau toute l’année, il sort de l’eau en peignoir, il n’est pas sur son ordinateur, sur son smartphone en train de regarder une compète de surf ou de chercher à savoir quel est le surfeur à la mode, il s’en fiche. C’est le genre de personnage qui m’intéresse, c’est ça la vérité que nous recherchons.

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« On conçoit Hotdogger avant tout comme une revue qu’on aimerait lire à bientôt 40 ans. »

Alors à qui s’adresse le magazine ?

E : Notre lectorat est beaucoup plus large que le jeunisme qu’on nous a imposé depuis des années. Même si notre cœur de cible sont les 18-25 ans, on conçoit Hotdogger avant tout comme une revue qu’on aimerait lire à bientôt 40 ans. Et on le fait en tant que passionnés sans idée préconçue sur ce que devrait être le surf.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

E : Les grands espaces, les rencontres, les histoires incroyables, la photographie, le design et aussi les histoires un peu folles. Aujourd’hui, on peut tout dire, on peut raconter les histoires les plus bizarres autour du surf.

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Vous avez choisi un format papier, on doit parler de magazine ou de bouquin ?

M : C’est entre les deux, c’est entre le magazine et le livre. En anglais on appelle ça un « mook » (N.D.L.R. : contraction de magazine et de book).

E : Et le papier c’est le support des belles histoires, des belles photographies, des choses que l’on lit, que l’on regarde avec plus de calme, c’est quelque chose qui se garde.

M : C’est intemporel, les histoires ne sont pas trop marquées dans le temps, on choisit des personnalités du surf dont le discours peut traverser les années.

Pourquoi un magazine gratuit ?

M : Gratuit, parce que ça nous permet de nous adresser à un lectorat plus large.

E : Et parce qu’on considère qu’on peut toucher de manière beaucoup plus fine nos lecteurs en les envoyant dans les surf shops, les concept stores, les galeries d’art contemporain, chez Colette, dans des endroits un peu premium où les gens ont l’habitude d’aller pour rechercher des nouveautés culturelles plutôt que dans des kiosques à journaux où il y a trop de magazines de bagnoles et de sudoku (rires).

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Associer surf shops et endroits premium, c’est pas un peu paradoxal ?

E : Le surf shop a énormément évolué. C’est un endroit où on ne va pas avoir que du matos, mais aussi de très jolies planches, de l’habillement, de la déco. Le surf shop est en train de s’authentifier.

M : De redevenir ce qu’il était au départ. Un lieu culturel où tu trouvais des bouquins, tu trouvais des magazines et plein de choses insolites.

E : Ce qui est sympa, c’est que tout le monde parle de surf partout, que des magasins de surf se montent à Paris, à Londres, d’une manière plus intéressante parfois que certains magasins de surf historiques, avec encore une fois, de la déco, des bougies, ça se mélange et ça devient un endroit plus raffiné.

Vous êtes complémentaires dans vos approches ?

M : Oui, Erwann a une approche beaucoup plus esthétique, il a une revue d’art contemporain, de musique, de photographie (Redux), donc il est plus attaché à la culture et aux formes, et moi à la culture aussi mais peut-être avec un côté un petit peu plus performance dans le choix des photos.

E : Et puis sur les photos, il reconnait tout le monde, moi je ne reconnais personne.(rires)

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Vous faîtes combien de numéros par an ?

M : On a quatre numéros par an mais on multiplie les projets autour : on produit et on présente en exclusivité des films, on organise des expos, on essaie de faire vivre le magazine (www.hotdogger.fr).

E : On prend le temps de bien faire, de ne pas trop se répéter, pour que chaque numéro soit unique.

De quoi êtes-vous le plus fiers ?

M : De voir que l’engouement pour les magazines est toujours aussi fort même à l’ère des nouvelles technologies. Et de sentir l’enthousiasme des lecteurs et des professionnels à l’égard de cette aventure.

E : D’avoir réussi à lancer une nouvelle revue imprimée autour du surf en France, avec du contenu original. Et de se rendre compte qu’il y a encore plein de choses à réaliser et à inventer. Et encore beaucoup de vagues à prendre !

DEEP INSIDE…

QR V2 francais

Hotdogger

*

Interview : Stéphanie Godin et Adeline Bettinger

Photos : Adeline Bettinger

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