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EMILIE SOUVRAS – ROXY

Emilie était responsable de collection dans la grande distribution quand elle quitte son job pour suivre son mari sur la côte basque. Elle n’imaginait pas se retrouver quelques années plus tard à la tête du leader mondial des sports de glisse féminins, Roxy.

Emilie, où as-tu grandi ?

Je suis née à Paris et mes parents ont déménagé dans la région lilloise quand j’avais 10 ans. Donc j’ai passé une partie de mes études et ma jeune vie d’adulte à Lille.

« Mon père était chef d’entreprise dans l’automobile, et ado, je m’étais dit que je reprendrais la suite de ses affaires. »

Tu voulais faire quoi petite ?

Mon père était chef d’entreprise dans l’automobile, et ado, je m’étais dit que je reprendrais la suite de ses affaires. C’était plutôt le délire de la fille qui voulait faire comme son papa mais j’ai assez vite changé d’avis.

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Quel a été ton parcours scolaire ?

J’ai fait l’ESC Lille. Puis, j’ai choisi de faire ma deuxième et ma troisième année en alternance aux 3 Suisses en tant qu’assistante achat-chef de produit. Ces 2 ans d’alternance m’ont bien plu et j’ai voulu rester dans le textile.

Une fois ton diplôme en poche, qu’as-tu fait ?

Je suis partie chez Kiabi. J’étais responsable de collection. Je travaillais avec les stylistes pour développer les collections Kiabi enfant.

Tu avais des connaissances en stylisme ?

Je ne suis pas styliste, je ne sais pas dessiner mais j’ai une vraie sensibilité produit. Chez Kiabi, j’ai bossé avec des stylistes tous les jours pendant 4 ans donc avec deux-trois échantillons et des croquis je peux faire des propositions.

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« Le chef de produit c’est un peu la caution business du design. »

Ton métier, tu l’as appris en école de commerce ou plutôt au fil de tes expériences professionnelles ?

C’est un métier assez technique. Il faut connaître les matières, la fabrication, j’ai appris tout ça sur le terrain. J’allais énormément dans les usines en Asie, au Maroc, en Inde, en Chine. Et puis j’ai fait des formations spécifiques pour le textile avec l’IFTH (ndlr : Institut Français du Textile et de l’Habillement).

Donc oui, j’ai appris sur le terrain mais l’école de commerce m’a appris la structure, le raisonnement, la construction, l’analyse des chiffres, la gestion des budgets, des stocks en magasin, etc. Le chef de produit c’est un peu la caution business du design.

Il y a 9 ans, tu as quitté Lille pour le Pays-Basque, c’était pour des raisons professionnelles ?

Non pas du tout, c’est mon mari qui surfe beaucoup et qui voulait surfer encore plus. Lille, c’était pas forcément la meilleure région pour le surf ! Il a eu l’opportunité professionnelle de venir dans le Pays Basque et on est descendus. Du coup j’ai démissionné de chez Kiabi pour suivre mon conjoint et on est arrivés au Pays Basque.

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Plus de boulot ? Tu as fait quoi ?

Je n’ai pas cherché tout de suite une nouvelle activité professionnelle parce que j’étais enceinte de mon deuxième enfant.

« Le mercredi matin j’accouchais. Je pense que j’ai passé le premier entretien une semaine après. Je ne voulais pas laisser passer cette opportunité. »

Comment es-tu arrivée dans le groupe Quiksilver alors ?

C’est assez marrant, j’avais un collègue de boulot de chez Kiabi qui avait démissionné quelques années avant moi pour partir bosser au Pays Basque chez Quiksilver. On était restés en bons termes. Un jour il m’a appelée et m’a dit : « j’ai croisé un gars au boulot et il a une fille de son équipe qui part, ça correspond à fond à ton profil, si tu veux envoie-moi ton CV, je lui fais suivre ». C’était un mardi, la veille de mon accouchement. J’ai envoyé quand même mon CV et le mercredi matin j’accouchais. Je pense que j’ai passé le premier entretien une semaine après. Je ne voulais pas laisser passer cette opportunité.

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Du coup tu as enchainé de suite ?

Non, ils avaient quelqu’un qui faisait l’intérim. Comme je venais d’accoucher début mai, on s’est mis d’accord pour que je commence en septembre. Donc j’ai pu profiter de l’été avec les enfants et j’ai démarré en septembre 2008.

Tu faisais quoi chez Quiksilver ?

J’étais chef de produit textile femme et maillot de bain pour la marque Roxy. Deux ans après mon patron, qui était Brand Manager, est parti et c’est à ce moment là que j’ai pris des responsabilités de management sur les designers.

Quiksilver a globalisé ses activités en Europe. Comment as-tu vécu cette transition ?

On a commencé à globaliser l’entreprise il y a 4 ans. On voulait pour chaque région du monde : les Etats-Unis, l’Australie et l’Europe, des représentants responsables du produit pour être les porte-paroles des régions dans les global meetings. C’est là que j’ai été promue responsable de l’équipe produit Roxy pour l’Europe.

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Ca a été rapide.

C’est l’après qui a été beaucoup plus vite. A cette époque une partie des collections était dessinée aux Etats-Unis. On fonctionnait par centres d’excellence : l’Europe dessinait les jackets et les denims et les US, le maillot de bain. C’était hyper compliqué pour la cohérence des collections. Pierre (ndlr : Pierre Agnes, alors directeur général de Quiksilver Europe) a alors pris la décision de rapatrier en Europe un centre de design pour le monde et m’a donné la responsabilité du produit au niveau global.

C’était comment de s’occuper du produit pour le monde ?

C’était vraiment super. Assez vite, l’an dernier, Pierre est devenu CEO international de Quiksilver. Il a alors repensé une nouvelle organisation de l’entreprise avec un leader par marque. Plutôt que d’avoir un patron du marketing sur les trois marques (ndlr : Quiksilver, Roxy et DC), un patron du produit, un patron de design… il a voulu un patron pour chacune des marques. C’est là qu’il m’a proposé de prendre le poste de Brand Manager monde pour Roxy.

Comment tu as reçu cette promotion ?

C’est hyper flatteur et stimulant. Après, je me suis demandée si j’en étais capable parce que c’est un gros challenge. Mais j’adore la marque et une opportunité comme ça dans une carrière il n’y en a pas beaucoup, alors, je ne me suis pas posée trop de questions et j’ai foncé.

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Quel est le meilleur conseil qu’on t’ait donné ?

Je me souviens très bien d’un ancien Sales Manager qui m’avait dit de m’intéresser à tout et d’être curieuse. Tu ne peux jamais savoir ce qu’il se passe partout mais plus ton niveau de connaissance est élevé, sur les process, sur les gens et sur ce qu’il se passe dans l’entreprise, plus tu es pertinent et plus tu vas être écouté. C’est un conseil que je continuerai à donner.

Tu voyages beaucoup ?

Je fais en moyenne entre 10 et 15 voyages par an.

Et quand tu ne voyages pas, quelle est ta journée type ?

Beaucoup de réunions. Ces derniers temps, j’ai beaucoup voyagé donc quand je suis au bureau je travaille avec mes équipes sur tous les sujets en cours. J’ai toujours envie d’être disponible pour mes équipes, j’essaye de les accompagner le plus possible pour que tout le monde avance en même temps.

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Qu’est-ce que tu fais pour décompresser ?

Le temps qu’il me reste après le boulot, je le passe avec mes enfants. Je vais les chercher, je les amène à la plage, on va se balader… C’est indispensable pour moi, j’ai besoin de passer du temps en famille.

« Il faut que l’industrie arrive à se réinventer […], revenir à des valeurs authentiques, […] avoir un vrai point de vue et faire rêver les gens. »

Comment vois-tu l’industrie de la glisse aujourd’hui ?

Il faut que l’industrie arrive à se réinventer et à se différencier de cette concurrence de fast fashion. Il faut revenir à des valeurs authentiques, miser sur des produits techniques et innovants, avoir un vrai point de vue et faire rêver les gens.

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Tu viens d’intégrer le Conseil d’Administration de l’EuroSIMA, que penses-tu pouvoir apporter en tant que seule femme au Board ?

Je trouve ça génial de représenter les femmes, les surfeuses, c’est un honneur. Je suis hyper à l’aise dans un univers masculin et j’ai l’impression que les hommes sont contents d’avoir une femme autour d’eux. On les sort un peu de leur zone de confort, ils sont obligés d’adapter leurs discours, ils écoutent un peu différemment… Un conseil d’administration qu’avec des femmes ce serait ennuyeux mais si pour le prochain il pouvait y en avoir un peu plus, ce serait bien (rires).

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

De la réussite avec Roxy et avec les équipes avec qui je travaille et j’espère pouvoir inspirer d’autres femmes et leur donner envie de suivre le même chemin.

DEEP INSIDE…

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Roxy

*

Interview : Stéphanie Godin et Morgane Vasseur

Photos : Laura Laakso

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